Alexandre Vanautgaerden évoque ses projets pour la Bibliothèque de Genève

LIVRES Nommé en 2012, le nouveau directeur veut tout changer en douceur. L’attendent de nombreux chantiers. «Je considère la BGE comme un lieu magique.»

Alexandre Vanautgaerden devant les murs de son bureau repeint en jaune.

Alexandre Vanautgaerden devant les murs de son bureau repeint en jaune. Image: Olivier Vogelsang

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le changement peut passer par une nouvelle couleur. Alexandre Vanautgaerden s’est offert un coup de soleil. Les murs du bureau directorial de la Bibliothèque de Genève (BGE) sont désormais jaunes. Ils font du coup paraître foncés quatre paysages de Robert Gardelle, peints vers 1715. On y voit la ville juste avant que la République déploie sa troisième ceinture de fortifications.

Nommé l’an dernier, le Belge coiffe désormais non seulement la BGE, mais trois autres entités. Il y a le Centre d’iconographie genevoise (CIG), «avec ses quatre millions de documents», L’Institut et Musée Voltaire, «un pôle en matière d’études du XVIIIe siècle», plus la Bibliothèque musicale, logée au Grütli. Des institutions assez proches l’une de l’autre. Un atout quand on entend lancer entre elles autant de ponts qu’il en existe sur le Rhône.

Alexandre Vanautgaerden s’oblige à voir loin. Il arbore d’ailleurs deux paires de lunettes. L’une se trouve logiquement sur son nez. L’autre, mystérieuse, reste attachée à sa chemise. Voici ce que donne sa double vue.

1) «Il faut mettre en valeur un lieu magique»

«La Bibliothèque de Genève fait partie des trois lieux magiques que je voulais diriger.» Alexandre Vanautgaerden a commencé à la fréquenter comme simple chercheur, travaillant sur le XVIe siècle. «Je suis sensible aux lieux. Il s’agit d’une bibliothèque dans un parc. C’est un lien très doux avec la ville.» Un lieu à la fois patrimonial et de recherches. «Un endroit si fort que son noyau a pu donner naissance à des satellites comme le CIG.» Il faut donc en refaire le cœur de Genève. Mais quels sont au fait les deux autres lieux? «La Maison d’Erasme à Bruxelles, dont je viens, et la Newberry Library de Chicago.»

2) «Genève met énormément d’argent dans la culture»

Il semble de bon ton, pour les intellectuels, de pleurer misère. Ce n’est pas le genre d’Alexandre Vanautgaerden. «Je suis frappé par les sommes que la Ville de Genève investit dans la culture. A part Ottawa, je ne connais pas de cas similaire.» Notre homme se sent bien doté. Il ne brigue pas davantage de personnel. «Nous sommes 140, ce qui est déjà beaucoup.» Au-delà, l’intendance finirait par bouffer les énergies. Et pourtant… «Genève manque de rayonnement. Elle se situe loin, très loin de Bâle dans les imaginations.» Il existe, Dieu merci, une réflexion au Département de la culture. «Il veut voir ce qui ne va pas.» Parmi les solutions, il faudrait fédérer des institutions proches. «La BGE doit réaliser des choses avec les annexes qui en dépendent.»

3) «Nous avons trop de livres»

Les chiffres affolent. La BGE possède 2,5 millions de livres. Ils représentent un rayonnage de 60 kilomètres. La distance entre Genève et Lausanne! Les magasins sont pleins. «On tiendra au plus trois ou quatre ans.» La Ville a renoncé par économie au stock souterrain. «Je le regrette. C’est une erreur. Il faudra un jour passer par là. Nous détenons une des richesses de Genève, qu’il s’agit de transmettre.» Il existe pourtant des solutions. Certains fonds ne paraissent pas à leur place à la BGE. «Je pense à la chimie ou à la physique, que nul ne vient consulter chez nous.» Il ne s’agit bien sûr pas de jeter. «Je pense juste que certaines collections auraient davantage leur place ailleurs.» Il faut y songer.

4) «La numérisation ne constitue pas la panacée universelle»

La numérisation serait-elle la solution? Non. Il s’agit d’une des solutions. On ne scannera jamais tout. La consultation physique ne va pas diminuant, pour plusieurs raisons. «Bien des gens viennent chercher le silence et la concentration chez nous. Et puis les chercheurs tissent entre eux des rapports.» Après la disparition de la salle des fiches, qui sera remplacée dans quelques années par des terminaux, Alexandre Vanautgaerden aimerait créer des espaces libres favorisant le contact et le dialogue. «On dit que chacun peut travailler chez soi, devant son ordinateur. C’est oublier la dimension collective. La passion commune. Il est possible de voir des matches de football à la TV. On n’a pas pour autant détruit les tribunes des stades.»

5) «Nous devons servir un double public»

Il faut se mettre au service des gens, d’autant plus que la BGE doit satisfaire deux publics différents. «Nous sommes une bibliothèque d’usage, destinée à un public universitaire et aux gens cultivés.» C’est à elle que les autres bibliothèques municipales finissent par renvoyer, quand il ne s’agit pas de romans. «Mon premier geste a été d’ouvrir la salle de consultation entre midi et quatorze heures, comme cela se fait depuis longtemps ailleurs.» Il y a des tours pour la garde. «J’ai promis d’en assurer moi-même quelques-uns.» Seulement voilà! «Nous sommes aussi un musée, avec un dépôt légal remontant à 1539 et des archives manuscrites par définition uniques, que l’on vient consulter de loin. Certaines familles déposent leurs papiers chez nous.» La frontière avec les Archives d’Etat devient ténue.

6) «Il faut refaire de l’Espace Ami-Lullin une fierté des Genevois»

Il y a environ un an, l’Espace Ami-Lullin créait l’émotion. On en avait décroché sa collection de portraits. «Je ne vais pas revenir sur le passé, mais ils reviendront.» Pour le nouveau directeur, il ne faut pas faire de cet endroit un simple lieu d’expositions. «Jadis se trouvait là le cabinet ayant donné naissance aux différents musées locaux. C’était l’une des fiertés de la ville. Un endroit où les touristes venaient en priorité.»

Aujourd’hui, hélas, l’espace ne se voit cité dans aucun guide. «La fréquentation reste misérable. A peine 2000 visiteurs par an.» Il faut en refaire un musée, qui présenterait, parfois, des collections venues d’établissement équivalents, comme la Mazarine ou la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris. «J’ai des projets avec elles. Celui avec la Mazarine s’intitulera Passeurs de textes. Il est prévu pour l’automne. Je veux réfléchir avec la Bibliothèque Sainte-Geneviève sur la notion de catalogue.»

7) «Il faudrait une grosse exposition commune tous les deux ans»

A part cela, à raison d’une environ tous les deux ans, il faudrait que la BGE se retrouve impliquée dans une «grande, belle manifestation unissant les forces de plusieurs institutions genevoises.» Alexandre Vanautgaerden en a trouvé un en train de mitonner à son arrivée. Une idée qui met du temps à se concrétiser. Il s’agit de l’opération autour de Jean-Gabriel Eynard (1775-1863), pionnier genevois de la photographie. «Le parcours unirait le Musée Rath, le Musée d’art et d’histoire et nous en 2015.» Le Belge souhaiterait en faire un coup d’éclat.

(TDG)

Créé: 04.03.2013, 15h14

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...