Démolition à la Servette: une centaine de locataires délogés

ImmobilierConstruit dans les années 50, un pâté de maisons va être en partie démoli. Les habitants seront priés de quitter les lieux.

Quatre-vingt-quatre logements sont concernés. La vétusté des immeubles est mise en cause.

Quatre-vingt-quatre logements sont concernés. La vétusté des immeubles est mise en cause. Image: Lucien Fortunati

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La nouvelle s’est abattue sur un pâté de maisons, à la Servette. Une mauvaise nouvelle arrivée dans les boîtes aux lettres à la fin du mois de janvier. Une lettre de la régie qui informe les locataires que des travaux vont débuter. Et pas des moindres. Il s’agit de démolir leurs immeubles pour faire place à de nouveaux bâtiments. Les baux vont donc être résiliés, il va falloir partir, 84 logements sont concernés.

«Ça a fait l’effet d’une bombe atomique, raconte une locataire. Il y a beaucoup de personnes âgées dans ces immeubles. Elles y habitent parfois depuis plus de quarante ans et paient des loyers modestes. L’idée de devoir quitter leur logement est comme un coup de massue. Ça les fait paniquer. Une vieille dame vient de perdre son mari. Elle m’a dit que si elle devait partir, elle aurait l’impression de tout perdre.»

Mercredi soir, les habitants se sont retrouvés dans leur allée pour discuter de l’événement. Sans savoir que faire. Les informations dont ils disposent sont pour l’heure lacunaires. Et les promesses de relogement ne suffisent pas à les rassurer.

Vétusté

Les immeubles en question forment un îlot entier. L’un d’eux borde la rue de la Servette. Celui-ci sera rénové et surélevé de trois étages. Les deux autres s’alignent sur les rues Antoine-Carteret et des Lilas. Ceux-ci seront démolis et remplacés. L’ensemble appartient à des sociétés immobilières détenues par le fonds immobilier Sima géré par l’UBS. Ce fonds possède 55 immeubles à Genève.

Les propriétaires ne s’en cachent pas. C’est la vétusté des immeubles, construits dans les années 50, qui les conduit à faire ces travaux, comme ils le spécifient dans leur demande d’autorisation déposée à la fin de 2017. «Les appartements n’ont jamais été rénovés, les cuisines et les salles de bains sont dans leur état d’origine et les fenêtres sont toujours à simple vitrage.» Des constats que plusieurs locataires, vu l’état de la tuyauterie, confirment avec un brin d’ironie.

Densification

L’opération poursuit aussi un autre but: elle offre «un potentiel constructible important sur le site», comme le précise le dossier qui parle de «densification» comme «moteur du projet». La surélévation va déjà apporter 42 logements supplémentaires. En outre, les nouveaux immeubles seront construits plus hauts et surtout plus proches de la chaussée (ils sont aujourd’hui en retrait), ce qui permettra d’augmenter les surfaces constructibles. De fait, l’ensemble va passer de 168 à 257 appartements, soit une centaine de logements supplémentaires.

Ce projet est provisoire. L’Office des autorisations a en effet renvoyé le dossier à l’expéditeur pour des motifs techniques. Les gabarits, notamment, ne seraient pas tous respectés. Dans sa lettre, la régie affirme qu’une «solution de relogement sera assurée» aux locataires. «C’est un engagement. Nous nous y prenons assez à l’avance pour justement bien préparer ces changements», confirme un porte-parole du fonds Sima. Des logements pourront être proposés dans le quartier ou dans le parc immobilier géré par la régie.

Relogés dans la surélévation

Il sera aussi possible d’être relogé dans la surélévation qui sera réalisée lors de la première phase du chantier. Mais, ici, les loyers évoqués font frémir les locataires. On évoque des logements à 6810 francs la pièce par an, ce qui met le quatre-pièces à 2260 francs. Bien au-dessus de ce que paient aujourd’hui certains locataires. «C’est le maximum autorisé par la loi», nuance le porte-parole.

Par ailleurs, celui-ci précise que «les locataires pourront, une fois les travaux terminés, retourner dans les nouveaux immeubles où la plupart des logements seront à 3405 francs la pièce par an. Ce qui représente des loyers très intéressants, par exemple à 1135 francs le quatre-pièces.»

Dix ans de contrôle

De tels loyers sont le fruit de la Loi sur les démolitions, transformations, rénovation (LDTR). Cette loi est née il y a une quarantaine d’années, à l’époque où les démolitions se multipliaient, jetant à la rue des locataires sans protection. Elle vise à limiter le montant des loyers après travaux afin de conserver un parc de logements bon marché. Concrètement, les loyers très bas ne peuvent dépasser 3405 francs la pièce par an après travaux. Ceux qui dépassent cette limite sont bloqués.

L’opération de la Servette devra se plier à cette loi. «Mais le contrôle des loyers ne s’applique que sur le nombre de logements qui existaient auparavant. Les appartements supplémentaires n’y sont pas soumis», précise Christian Dandrès, avocat de l’Asloca. Le contrôle des loyers dure dix ans.

Commerçants menacés

Si les habitants disposent de la LDTR, il n’en est rien des commerçants qui occupent les arcades sur la rue de la Servette. On y trouve notamment un garagiste, la pizzeria Il forno a legna, un vendeur d’appareils ménagers et une agence UBS. Certains d’entre eux ont déjà reçu leur congé et s’inquiètent de la suite. «Mon commerce, c’est mon outil de travail, dit l’un d’eux. Si je dois partir, je perds ma clientèle et tout est à refaire.»

Mis à part les menaces qui planent sur les locataires, ceux-ci craignent aussi de voir disparaître tous ces liens qui se sont tissés au fil des années. Le patron de la pizzeria qui monte le repas à la vieille dame, le retraité qui passe chez le garagiste d’en bas pour réparer sa roue, ou le vendeur de cuisinières qui monte à l’étage pour une petite réparation.

Les travaux pourraient commencer en 2020 et durer près de cinq ans au total. (TDG)

Créé: 13.02.2018, 09h17

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