La voie verte découvre la mobilité sans douceur des cyclistes à grande vitesse

Plein airSur cet axe cyclable qui relie Annemasse à Genève, les vélos électriques des pendulaires sortent du peloton en mode contre-la-montre.

Il est 8 h, ce mercredi 12 septembre. Comme chaque matin, un peloton de cyclistes s’étire en silence sur la voie verte.

Il est 8 h, ce mercredi 12 septembre. Comme chaque matin, un peloton de cyclistes s’étire en silence sur la voie verte. Image: Laurent Guiraud

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C’est fluide, sans entraves et incroyablement silencieux. Chaque matin, entre 7 h et 8 h 30, un peloton de cyclistes s’étire sur la voie verte qui relie Annemasse à Genève. Depuis leur inauguration officielle, à la fin d’avril, ces cinq kilomètres de «mobilité douce transfrontalière» connaissent un succès grandissant. Ils étaient déjà très nombreux à emprunter cet axe avant les vacances d’été; ils le sont plus encore aujourd’hui.

À partir de 16 h 30 et jusqu’à 19 h, on retrouve les mêmes, mais dans l’autre sens, confirmant le fait attendu que cette piste cyclable bidirectionnelle est d’abord celle des pendulaires. La validation scientifique viendra des comptages qui seront réalisés de chaque côté de la frontière. En attendant la publication des premiers chiffres de fréquentation, les utilisateurs évoquent entre eux le passage de 450 cyclistes en moyenne par heure. C’est sans doute beaucoup plus au lever du jour. Difficile de ne pas se réjouir de ce succès populaire, toutes catégories confondues. Les vélos sont bien sûr majoritaires; les trottinettes jouent les faire-valoir sans rougir, en tirant profit de leur assistance électrique; les rollers animent les heures creuses de la journée sans chercher à se mêler à ce contre-la-montre quotidien.

À l’heure à son travail

Car c’est ce qui frappe quand on s’arrête sur l’une des rares «placettes» de ce boulevard qui va tout droit: le temps, ici, semble impitoyablement compté. On ne pédale pas pour grimper sur le podium; on pédale pour être à l’heure à son travail. La contrainte horaire interdit de s’arrêter, mais aussi de ralentir. La voie verte sert prioritairement à cela: gagner les précieuses minutes que l’on va perdre ensuite dans la circulation du centre-ville, avec son enfilade de feux, carrefours et bouchons qu’il s’agira de franchir à vitesse contrariée. «J’ai passé ma vie à rouler derrière les autres, je peux enfin me lâcher et avancer à l’air libre», résume ce pendulaire qui s’est donné les moyens de sa nouvelle mobilité: un vélo électrique performant, bardé d’électronique. Une machine sur trois empruntant la voie verte ressemble à la sienne. Elle se distingue du classique pédalage par sa force de dépassement. «On ne les entend pas, on sent juste leur souffle, ils pédalent dans une autre dimension», note un cycliste à l’ancienne, vaguement ébranlé par cette cohabitation inédite qui lui fait parfois penser qu’il s’est trompé de circuit.

La courbe descendante, d’une rare élégance, par laquelle se termine la piste cyclable lorsque l’on arrive sur le vaste chantier de la gare des Eaux-Vives, donne à voir cela jusqu’à la caricature: une déferlante de machines puissantes portant toutes des plaques jaunes. Autorisées à cet endroit? «Oui, confirme le porte-parole de la police genevoise, Silvain Guillaume-Gentil, mais pour autant ce n’est pas une obligation de rouler tout le temps à cette vitesse maximale autorisée des 45 km/h.»

Il ajoute pour être clair: «Ces engins ont aussi des freins. Leurs utilisateurs doivent apprendre à adapter leur vitesse, sans mettre en danger la vie des autres usagers. C’est le principe de base de la Loi fédérale sur la circulation routière (LCR).» Matin et soir, personne ne freine sur la voie verte, les pendulaires ont le nez dans le guidon, un casque bien accroché et des écouteurs. Bref, ils ne sont pas équipés pour flâner. «On prône des modes doux, mais nous sommes de plus en plus dépassés par les technologies rapides», commente un spécialiste de cette mobilité à la douceur relative.

«Dans les pays du nord de l’Europe, tout le monde roule à la même vitesse; c’est exactement le contraire chez nous. Les dépassements intempestifs en deux-roues me rappellent ceux des automobilistes impatients qui conduisent des véhicules surmotorisés», renchérit ce cycliste de la première heure.

Tunnel à ciel ouvert

Alors, on fait quoi? On attend que la végétation pousse pour pacifier les ardeurs des rois du speed? Ce n’est pas gagné. «Il y a des clôtures partout. En termes d’aménagement de l’espace public, cette voie verte est pour l’heure une catastrophe», déclare un ingénieur paysagiste qui l’emprunte régulièrement. Il insiste comme on pose une rustine sur une chambre à air qui fuit: «C’est un tunnel à ciel ouvert sourd à tout ce qu’il traverse…» En silence et un poil dangereuse, la traversée actuelle. (TDG)

Créé: 12.09.2018, 19h43

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